26/09/2014

PAS DE CACAO, PAS DE CHOCOLAT !!!

Je vous propose un article interpellant, pour nous grand amateur de chocolat noble, de Cavalier Yves sur la rareté possible du cacao.

Pas de cacao, pas de chocolat

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CAVALIER YVES

Publié sur LaLibre.be, le samedi 14 décembre 2013 à 05h41 - Mis à jour le jeudi 26 décembre 2013 à 09h51.

Pas de cacao, pas de chocolat. C’est aussi simple que cela et c’est désormais le véritable enjeu de l’industrie chocolatière. La demande de chocolat augmente d’année en année. En 2010, l’offre et la demande mondiales s’équilibraient aux alentours de 3,5 millions de tonnes. Mais depuis, le déséquilibre va en s’accentuant. Il manquera quelque chose comme 500 000 tonnes à partir de 2015 et on s’attend à un déficit d’1 million de tonnes pour 2020. Les producteurs de chocolat sont inquiets à commencer par le plus puissant d’entre tous, Barry Callebaut, le Suisse aux racines belges, qui a mis en route plusieurs initiatives en vue de répondre à ce défi.

"Nous sommes conscients de l’impérieuse nécessité de stimuler une production raisonnée et respectueuse des producteurs et de l’environnement", explique en substance Juergen Steinemann, le CEO de Barry Callebaut lors d’une rencontre à Abidjan. Et d’admettre dès lors, que sans une production "soutenable" de cacao il n’y a pas d’avenir pour son entreprise et les 8 500 employés qu’elle occupe dans le monde.

A côté de cela, il y a la réalité des consommateurs : "Nous sentons aussi qu’il y a une demande persistante de la part des consommateurs, qui veulent toujours plus de goût, plus de qualité à un prix raisonnable. Mais à cette demande s’ajoute désormais, le besoin de consommer autrement, de respecter une certaine éthique et nous devons répondre à cette attente. Nous devons tenir compte de ce facteur émotionnel et c’est pourquoi l’investissement dans le respect de ces valeurs est l’un de nos axes stratégiques". C’est en substance, la teneur du discours de la direction de Barry Callebaut qui, forcément, doit affronter d’inévitables soupçons de "greenwashing".

Des pistes de terre rouge

Et pourtant, sur place, on se rend compte que la rentabilité future du chocolatier n’est pas le seul enjeu de ce défi. Dans un pays comme la Côte-d'Ivoire, on ne peut négliger aucune piste pour survivre. Abidjan, la capitale des affaires, porte encore les stigmates d’une guerre interne qui sévissait avec violence il y a deux ans à peine. L’omniprésence de véhicules blindés et armés des Nations unies est là pour rappeler que la paix reste précaire. Sur les routes, les barrages et les contrôles systématiques par des hommes en armes, démontrent aussi que le feu couve peut-être sous la cendre.

La fin de la guerre s’est forcément traduite par un changement de pouvoir, d’administration, de stratégie, bref de politique. Mais aussi par une situation de trésorerie qui ne permet pas de rencontrer les besoins immédiats de la population. Si des efforts sont clairement menés au niveau des infrastructures principales, avec la construction de nouvelles autoroutes par exemple, dès qu’on s’écarte des axes principaux, on découvre l’Afrique, avec ses pistes de terre rouge que les fortes pluies de la saison en cours creusent de profonds sillons.

Et après les deux ou trois heures de 4X4 que demande un déplacement d’une bonne centaine de kilomètres, on découvre le village des planteurs, en bordure de brousse non loin des champs de cacaoyers. Pas d’eau courante, généralement pas d’électricité et des constructions à la vigueur très hypothétique. Et pourtant… Notre délégation conduite par Barry Callebaut est accueillie comme si… "Vous êtes comme le messie", devait déclarer l’un des responsables de la coopérative locale en nous saluant. On est dans une autre réalité.

Pour ce village de quelques centaines d’âmes, le cacao est tout ce qui permet d’établir un contact avec l’autre monde, celui qui apporte les ressources nécessaires à la subsistance mais aussi à l’accès aux soins de santé et surtout à l’éducation des enfants. En fin de compte, c’est devenu plus important que le revenu direct de la plantation.

C’est donnant-donnant. Barry Callebaut l’a bien compris. Il fallait s’adapter, d’autant plus que l’arrivée à la présidence du président Alassane Ouattara après le départ mouvementé de Laurent Gbagbo, il y a deux ans, a aussi donné lieu à un changement de politique économique. Pour mettre à l’abri les producteurs et le pays des fluctuations du cacao, le gouvernement a décidé de pratiquer un prix fixe pour les campagnes. Ainsi, chaque producteur reçoit cette année 750 francs CFA (1,15 €) par kilo de fèves "certifiées".

Pour les acheteurs en manque de fèves de qualité, les marges de négociation se déplacent donc sur un autre terrain. Le planteur mais surtout les coopératives recevront en contrepartie, en plus de la valeur marchande des fèves, une série d’avantages et de prestations qui devront faire la différence. Barry Callebaut a décidé de se focaliser sur trois axes. L’assistance aux fermiers, l’éducation des enfants et la santé.

On peut parler d’une action en profondeur. Un centre d’excellence parfaitement équipé est destiné à accueillir des fermiers stagiaires qui peuvent expérimenter les bonnes pratiques dans une ferme-modèle. C’est là qu’on leur enseigne à la fois des bases de gestion mais aussi des principes d’agriculture adaptés à la réalité de leur terrain. Un exemple, celui de la fabrication de fertilisants naturels disponibles sur place au lieu de fertilisants chimiques importés et coûteux. Barry Callebaut offre l’agent bactérien qui va accélérer le processus de compostage. Les planteurs ivoiriens l’ont baptisé le "microbe bon".

"Quality cocoa for better life"

Mais c’est là aussi que l’on évoque notamment les cultures associées et la possibilité de planter en savane, entre des rangées de bananiers (car le cacao a besoin d’ombre) ou d’hévéa (qui rapportent plus) pour éviter la déforestation tout en se constituant des réserves vivrières avec des arachides ou du manioc. Cette procédure fait partie d’une sorte de contrat, un engagement baptisé "Quality Cocoa for better life". C’est la valeur ajoutée qu’entend apporter Barry Callebaut. En échange, le planteur s’engage à respecter des règles environnementales et éthiques requises pour obtenir la fameuse "certification".

Et sur le plan éthique, la première préoccupation est le travail des enfants. Une réalité difficile à évaluer et surtout à apprécier car elle se confond souvent avec la tradition de l’aide familiale. On sait qu’il y a de véritables trafics d’enfants qui débarquent d’une saison à l’autre, du Ghana ou du Burkina Fasso, admettent les observateurs. Dans des régions où la gestion de l’état civil n’est pas une priorité, les contrôles sont difficiles. Par contre, il est possible d’offrir des alternatives. Comme proposer aux planteurs de bâtir une école pour leurs enfants. Dans cette région du sud-ouest, l’école bâtie en 2009 accueillait 245 élèves. Elle en compte 1 154 aujourd’hui et attend plus de 1 700 enfants pour la prochaine rentrée… Il faudra agrandir les bâtiments !

Pour ces enfants de 7 à 18 ans qui font jusqu’à 10 kilomètres à pied le matin pour rejoindre la classe, cette école est une aubaine. C’est surtout une chance pour leur famille d’espérer un futur meilleur. "C’est une action de long terme; ici on parle de la prochaine génération". Même chose pour l’éducation sanitaire et l’accès aux soins de santé auxquels les femmes sont très sensibles. "Ici, l’avenir appartient aux femmes car elles veillent à l’avenir de leurs enfants", souligne le grand patron de Barry Callebaut qui conclut : "En Côte-d'Ivoire, il y a de la place pour un investisseur responsable qui apporte de la valeur ajoutée et ne se contente pas d’acheter et d’exporter". C’est toute la philosophie de la plateforme "Cocoa Horizons", que le groupe veut appliquer partout dans le monde sous la houlette d’un jeune Belge de talent, Nicholas Camu.

 

Toutes informations susceptibles de compléter mes propos sont les bienvenues.


Sources : LaLibre.be.


 

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Je ne suis qu'un collectionneur, passionné par le chocolat, qui met en ligne un maximun de documents sur les anciennes chocolateries de notre pays. 

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